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L’emploi en agroalimentaire : un sujet d'interrogations et de débats pour les industriels.

Un secteur qui connaît des difficultés de recrutement malgré des capacités d’embauches importantes...

« Recruter se rĂ©vèle compliquĂ©, surtout pour des postes d’encadrements intermĂ©diaires.»
MalgrĂ© les moyens mis en Ĺ“uvre pour la formation et la contribution des entreprises Ă  l’amĂ©lioration de l’environnement et des conditions de travail en agroalimentaire, le deuxième employeur français que reprĂ©sentent les IAA connaĂ®t des difficultĂ©s de recrutement. Selon l’ANIA (Association Nationale des Industries Alimentaires), le nĂ©cessaire remplacement des salariĂ©s âgĂ©s dĂ©tenteurs des savoir-faire des entreprises (phĂ©nomène qui va s’amplifier avec l’arrivĂ©e Ă  l’âge de la retraite des «baby boomers»), va renforcer ces difficultĂ©s de recrutement et risque de fragiliser encore plus les filières agroalimentaires. En effet, recruter se rĂ©vèle compliquĂ©, surtout pour les postes d’encadrements intermĂ©diaires, comme l’explique Pascal Levy, qui dirige l’entreprise Charcupac, oĂą l’on compte 150 salariĂ©s, avec une quarantaine d’intĂ©rimaires sur site. « Nous n’avons pas de difficultĂ©s excessives Ă  recruter des cadres de niveau supĂ©rieur, mais il est plus complexe de trouver un encadrement intermĂ©diaire d’usine, des techniciens particulièrement, des BTS en automatisme industriel…» Est-ce un manque de motivation ? Les salaires, la saisonnalitĂ© des activitĂ©s, les conditions de travail et risques professionnels, une certaine image des mĂ©tiers… autant de critères qui peuvent freiner les futurs candidats.

« Le travail en industrie n’est pas Cayenne, on y fait aussi de belles vies ! Â»
Pour Gilles Bocabeille, PDG de Soreal, c’est la promotion des mĂ©tiers auprès des jeunes, qui manque cruellement. « En agroalimentaire, nous avons besoin de ces corps de mĂ©tiers, conducteurs de lignes, techniciens de maintenance… les jeunes en ont une image souvent Ă  des annĂ©es lumières de ce qu’est la rĂ©alitĂ©, une image erronĂ©e. Il est de notre devoir de faire la promotion de nos mĂ©tiers. Le travail en industrie n’est pas Cayenne, on y fait aussi de belles vies ! Â» Lorsque Soreal a souhaitĂ© recentrer ses deux entreprises sur le site de Bretagne en 2007 suite au rachat de CPS, s’est posĂ© unproblème de restructuration. Ce fĂ»t un vĂ©ritable tour de force, notamment pour le recrutement du personnel de production (personnel de ligne, agents de maintenance, chefs de production…). Comme le souligne Gilles Bocabeille, « ce sont des profils qui n’existent pas sur le marchĂ©, ne sont pas formĂ©s ou si peu, qu’ils sont extrĂŞmement sollicitĂ©s. L’entreprise a alors constituĂ© son Ă©quipe d’experts machines en les formant elle-mĂŞme. Â» Soreal a recrutĂ© des personnes qui n’étaient pas, au dĂ©part, spĂ©cialement destinĂ©es Ă  cette activitĂ©, mais qui ont eu la motivation, et qui sont restĂ©es. 
Pour Christian Tacquard, PrĂ©sident de l’ABEA (Association Bretonne des Entreprises Agroalimentaires)et du Groupe Loc Maria, l’ensemble des entreprises ont gĂ©nĂ©ralement procĂ©dĂ© Ă  des investissements industriels importants qui ont permis d’amĂ©liorer les conditions de travail : « A nous de le faire savoir en rĂ©alisant un travail de communication en allant sur le terrain, afin de donner une nouvelle image des entreprises agroalimentaires. En tant que chefs d’entreprises, nous devons prendre un peu plus le temps d’aller dans les Ă©coles pour parler aux jeunes de nos mĂ©tiers et de nos passions de responsables d’entreprises. Nous sommes beaucoup sollicitĂ©s et participons Ă  des rĂ©unions, mais nous ne sommes pas suffisamment prĂ©sents dans le rĂ´le Ă©ducatif des formations professionnelles Ă  partir du BAC ou du BTS. Il y a des sollicitations pour des responsables d’entreprises au niveau des Ă©coles supĂ©rieures de commerce, mais il y a beaucoup de techniques intermĂ©diaires… lĂ  encore, il est tout aussi important d’amĂ©liorer les contacts. Nous avons beaucoup de choses Ă  dire… et c’est investir sur l’avenir aussi ! Â»

Agir sur le terrain.
L’agroalimentaire breton qui est le 1er employeur industriel, reprĂ©sente actuellement 65000 emplois. Les besoins sont plutĂ´t axĂ©s sur les mĂ©tiers de production, de maintenance, et tout ce qui concerne les Ă©quipements, comme l’explique Jennifer Chevy, ChargĂ©e de communication Ă  l’IFRIA Bretagne (Institut de Formation RĂ©gional des Industries Alimentaires): « Notre cĹ“ur mĂ©tier c’est l’apprentissage et notre formation emblĂ©matique est notre formation d’ingĂ©nieur de Quimper en partenariat avec l’UniversitĂ© Bretagne Occidentale. Nous rĂ©pondons aussi Ă  la demande des entreprises sur d’autres formations correspondant Ă  leurs besoins. L’IFRIA complète son dispositif en apprentissage par des contrats de professionnalisation en six mois(1)». Cette association paritaire rĂ©unissant les principales branches de l’industrie alimentaire, rĂ©alise un vĂ©ritable travail de terrain tout au long de l’annĂ©e en intervenant dans des collèges, lycĂ©es, organismes de rĂ©orientation et autres structures comme les missions locales. « L’objectif Ă©tant de dĂ©montrer que l’agroalimentaire n’est pas qu’une chaĂ®ne de production avec du travail postĂ©, nous expliquons qu’il y a Ă©normĂ©ment de mĂ©tiers, que ceux-ci demandent des compĂ©tences de plus en plus techniques et aussi du savoir ĂŞtre… car lorsque nous travaillons en IAA nous n’œuvrons pas tout seuls. Â» En effet, comme le souligne GĂ©rard Le Strat Robier, Directeur de l’IFRIA Bretagne, il est important de prendre en considĂ©ration le facteur humain « Il ne faut pas oublier que le secteur agroalimentaire reprĂ©sente aussi un investissement en homme.» Chaque annĂ©e, des jeunes venant des Ă©coles professionnelles sont invitĂ©s Ă  se rendre au CFIA oĂą tous les mĂ©tiers sont reprĂ©sentĂ©s Ă  travers les stands des trois pĂ´les process, pai/ingrĂ©dients et emballage, avec des thĂ©matiques d’actualitĂ© abordĂ©es lors des confĂ©rences. « C’est une bonne occasion de montrer que l’agroalimentaire n’est pas un travail postĂ© dans des conditions Ă©pouvantables, il y a au contraire de l’avenir, de la technologie… Â»

Dans une entreprise, la dimension humaine est facteur de réussite.
Des industriels ont dĂ» dĂ©velopper des programmes de formation en interne comme chez Bonduelle Traiteur. Pour GĂ©rard Perroud, Directeur Industriel du site de Rosporden, il est essentiel de mettre en place des outils permettant d'accueillir, d'intĂ©grer et de faire Ă©voluer les salariĂ©s. Dans son parcours industriel, il a acquis une solide connaissance de l'agroalimentaire et a toujours Ĺ“uvrĂ© pour une politique de relation humaine destinĂ©e Ă  accroĂ®tre le sentiment de rĂ©alisation personnelle et professionnelle. La dimension humaine est le facteur de la rĂ©ussite. « Nous ne choisissons pas spĂ©cialement de diplĂ´mes, nous cherchons avant tout des individus ! »  dĂ©clare GĂ©rard Perroud. DotĂ©es d'un outil centralisĂ© de prĂ©visions planification, les usines appliquent les plans de production qui leur sont soumis. « Nous sommes capables de donner une idĂ©e des besoins Ă  plusieurs mois, et faisons entrer des compĂ©tences pour les Ă©tĂ©s, les compĂ©tences permanentes sont prĂ©vues pour rĂ©pondre aux Ă©volutions des saisons. Tout est organisĂ© autour des plans de formation qui sont managĂ©s en interne. » L'usine de Rosporden connaĂ®t peu de turn over. « Nous nous mettons en permanence en situation de donner envie, de faire des choses diffĂ©rentes. Combien rapporte d'avoir des salariĂ©s satisfaits de venir travailler le matin ? Il suffit pour cela de comparer deux sites identiques, entre celui oĂą l'on vient travailler avec plaisir et celui oĂą l'on vient sans... l'Ă©cart de performance est très consĂ©quent ! » Après l'avoir vĂ©cu sur le terrain, cela ne fait aucun doute pour GĂ©rard Perroud : prendre le temps de recevoir les gens, leur expliquer, leur montrer, solliciter leur avis n'est rien au regard de ce que cela rapporte.
Et de rajouter « Ce n'est pas parce que la crise actuelle modifie conjoncturellement la donne, que la dimension humaine ne restera pas un facteur de rĂ©ussite durable de nos entreprises. Mieux accueillir, mieux former, mieux faire connaĂ®tre nos mĂ©tiers restera encore une nĂ©cessitĂ© de nos entreprises agro-alimentaires bretonnes. » 

Des formations qui évoluent.
Parallèlement aux formations en Ă©coles se dĂ©veloppent Ă©galement des actions de tutorat par les entreprises, pour offrir aux jeunes la possibilitĂ© d’être accompagnĂ©s par des cadres d’entreprises, et accĂ©der Ă  des Ă©tudes supĂ©rieures longues. Le Ministère de l’Agriculture et de la PĂŞche a mis en Ĺ“uvre, en 2008, le Brevet Professionnel Agricole option « Transformations Alimentaires Â» rĂ©novĂ©. Cette « rĂ©novation Â» du diplĂ´me vise Ă  adapter la formation en fonction des Ă©volutions rĂ©centes des mĂ©tiers et des compĂ©tences requises. Elle permet d’acquĂ©rir des compĂ©tences communes Ă  la diversitĂ© des emplois, tout en comportant trois spĂ©cialitĂ©s : transformation du lait, des viandes et des produits alimentaires, avec l’intĂ©gration des notions de la sĂ©curitĂ© alimentaire, la gestion du vivant, la durabilitĂ© la protection de l’environnement… de plus, la rĂ©novation des diplĂ´mes des IAA, BaccalaurĂ©at professionnel Bio Industries de transformation et le Brevet professionnel IAA se poursuit cette annĂ©e, aussi dans le but de mieux correspondre Ă  l’évolution des personnes et des mĂ©tiers ciblĂ©s(2).Pour les actifs, des actions innovantes ont Ă©tĂ© conduites entre les producteurs agricoles et les Ă©tablissements agroalimentaires sur l’emploi partagĂ©, permettant ainsi aux salariĂ©s d’occuper un emploi Ă  temps plein sur toute l’annĂ©e. Par ailleurs, l’une des actions de l'observatoire prospectif des mĂ©tiers et des qualifications OBSERVIA(3) concerne la mise en place d'une Ă©tude prospective Ă  horizon 2020, permettant la crĂ©ation d'un système de veille anticipative stratĂ©gique sur les mutations des industries alimentaires. Sa mission consistera donc Ă  dresser un Ă©tat des lieux, en identifiant les tendances, anticipant les Ă©volutions futures et les consĂ©quences notamment sur l'emploi, sur les Ă©volutions des mĂ©tiers et les compĂ©tences requises pour demain.

(1) http://bretagne.ifria-apprentissage.fr/document.php?pagendx=229&project=ifria_bretagne
(2) (Source : Ministère de L’Agriculture et de la PĂŞche)
Pour en savoir plus :
http://panoramaiaa.agriculture.gouv.fr/article.php3?id_article=191
(3) Pour plus d’informations :
http://www.ania.net/fr/dossiers/social-formation.htm


Nicole Le Hir, DĂ©lĂ©guĂ©e rĂ©gionale de l’APECITA Bretagne  
Quelle est la conjoncture actuelle de l’emploi en Bretagne pour les IAA… la crise a-t-elle une incidence sur le secteur ?
N.L.H. :
« Les statistiques gĂ©nĂ©rales et Ă©tudes sectorielles font apparaĂ®tre un flĂ©chissement de la production agroalimentaire depuis le dĂ©but de l'annĂ©e ; en consĂ©quence les emplois de production (opĂ©rateurs en particulier) peuvent ĂŞtre touchĂ©s. A l'APECITA, nous traitons plus particulièrement des emplois qualifiĂ©s (essentiellement techniciens et ingĂ©nieurs). Notre prĂ©occupation majeure est la diminution du nombre de candidatures sur les offres. Si dans les fonctions relatives Ă  la qualitĂ© et Ă  la R&D, il y a encore des candidats (mais moins qu'avant), dans les fonctions de production, la raretĂ© des candidatures devient prĂ©occupante. Dans les fonctions de maintenance, on observe parfois une absence de candidatures… Â»
Pourquoi cette difficulté à recruter les compétences dont les IAA ont besoin ?
N.L.H. :
« L'effet dĂ©mographique touche tous les secteurs. Par ailleurs, les Ă©coles agroalimentaires ont elles mĂŞmes des difficultĂ©s Ă  faire le plein, voire Ă  maintenir les filières. Pourquoi ? Les jeunes prĂ©fèrent s'orienter vers des formations plus "fun" sans forcĂ©ment se prĂ©occuper des dĂ©bouchĂ©s. L'industrie, d'une façon gĂ©nĂ©rale, ne mobilise pas le grand public (la sociĂ©tĂ©, les parents, parfois les intervenants/conseils influencent le choix des jeunes). Parmi les industries, certaines dĂ©gagent des marges plus faibles et ont donc plus de difficultĂ©s Ă  offrir des salaires sĂ©duisants ; de plus, la localisation gĂ©ographique (des IAA souvent en zone rurale) et des conditions de travail diffĂ©rentes d'un secteur industriel Ă  l'autre reprĂ©sentent autant de facteurs possibles. Cependant, sur le plan de la communication, des efforts sont faits. Un exemple, au forum "Explor' emploi" qui aura lieu Ă  Rennes en 2009, l'agroalimentaire sera un secteur cible. Â»


AJIR Bretagne… donner l’envie aux jeunes de découvrir les métiers par l’école.
Gilles Bocabeille, PDG de l’entreprise Soreal, est aussi prĂ©sident de la Commission Emploi CompĂ©tence et DĂ©couverte des MĂ©tiers IAA, au sein de l’ABEA. A ce titre, dès janvier 2009, il appelle toutes les entreprises IAA Ă  flĂ©cher leur taxe d’apprentissage vers l’IFRIA, centre de formation des IAA d’une part, mais aussi vers l’AJIRB (Association Jeunes Industrie RĂ©gionale Bretagne) d’autre part, association dont la vocation est de promouvoir l’attractivitĂ© des mĂ©tiers vers l’industrie en gĂ©nĂ©ral : « Cette dernière contribution au titre de l’orientation scolarisante et professionnalisante (OSP), trop souvent nĂ©gligĂ©e, reprĂ©sente 20% du hors barème (environ 10€ par emploi) et peut ĂŞtre employĂ©e exclusivement aux actions promotionnelles. Ainsi, les IAA disposeront d’outils puissants capables de faire la promotion de leurs mĂ©tiers et ensuite de dĂ©velopper les formations attendues. Il est essentiel que les industriels des IAA maĂ®trisent la distribution de leur taxe d’apprentissage quand chacune d’elle exprime tant de difficultĂ©s Ă  recruter des personnes qualifiĂ©es. Avant de pouvoir former un jeune, encore faut-il lui donner l’envie d’accĂ©der Ă  ces Ă©coles ! Â»

(Crédit photos Soréal et Bonduelle)