Dans ce cadre de nombreux défis se présentent au secteur agroalimentaire parmi les défis, on peut citer :
- la contribution à l’équilibre alimentaire mondial
- la sécurité sanitaire et la qualité des aliments produits
- l’économie d’énergie tout au long du processus de production
- la lutte contre le changement climatique et la limitation des émissions de GES
- la gestion globale du cycle de vie du produit (valorisation des sous-produits, recyclage et prévention à la source des déchets...)
- la prévention des pollutions provoquées par le secteur lui-même et, en amont, par les pratiques agricoles...
Innover, adapter ses technologies de production.
Pour répondre à ces enjeux, le secteur agroalimentaire devrait innover, adapter ses technologies de production. Aux pouvoirs publics, français et européens de montrer aux industriels que ces défis, souvent perçus comme des contraintes supplémentaires peuvent se transformer en opportunités. Il s’agit de passer d’une approche purement réglementaire à une mobilisation, une responsabilisation de l’ensemble des acteurs.
La loi dite « LRE »(1) relative à la responsabilité environnementale des entreprises est le meilleur exemple récent de cette dynamique.
Au delà des outils réglementaires, les instruments économiques permettent d’orienter les marchés dans le sens de la prise en compte des enjeux environnementaux dans les choix de production. Au final, il s’agit de transformer les comportements : la consommation durable est un puissant moteur pour faire advenir des modes de production durables. Pour prétendre à cette reconnaissance par le marché des méthodes de production durables, les industriels devront nécessairement s’engager dans une grande transparence : traçabilité, étiquetage environnemental des produits, respect de normes (ISO 14001, EMAS, certification environnementale pour les exploitations agricoles), communication sur les engagements pris par l’entreprise vis à vis de la protection de l’environnement et sur ses résultats...
(1) Loi n° 2008-757 du 1er août 2008, transcription de la directive 2004/35/CE sur la responsabilité environnementale.
Source : Bureau de la stratégie environnementale et du changement climatique de la Direction Générale des Politiques Agricole, Agroalimentaire et des Territoires - Ministère de l’agriculture et de la pêche
Vous souhaitez en savoir plus ?http://www.agriculture.gouv.fr/
Panorama des industries agroalimentaires / Édition 2008
Site Internet : http://panoramaiaa.agriculture.gouv.fr/index.php3
L’avis de Christian Tacquard, Président du Groupe Loc Maria et de l’ABEA.
« Les grandes orientations à venir en agroalimentaire concernent aussi le développement durable, qu’il soit d’ordre énergétique ou autre… »
Le président de l’ABEA est sensible à l’implication de l’ensemble des chefs d’entreprises pour évoluer, se développer dans des conditions équitables et responsables : « Si nous avons une obligation économique, en même temps, nous avons celle de nous inscrire dans le développement durable, qui fait de nous des gens responsables. Je pense notamment au traitement des déchets que nous effectuons déjà depuis un certain temps. Cela passe aussi par une démarche d’analyse énergétique en parallèle avec l’AFNOR pour réviser nos consommations d’énergie au prorata du kg de produit fini. » Au sein du Groupe Loc Maria, on œuvre dans un souci de l’environnement et de développement durable, en établissant une politique de diminution des emballages, en s’engageant sur le tri sélectif, le tri des déchets industriels et la consommation d’énergie…
Être à la fois productif, rentable et respectueux de l’environnement. Face aux nouveaux défis écologiques, on se mobilise au sein des différentes filières agroalimentaires, et à toutes les étapes de fabrication des produits ! Différentes organisations de producteurs, des coopératives, des industriels…, investissent dans la mise en œuvre de la certification environnementale en se référant à la norme ISO14001. A un échelon plus local, des groupes d’exploitants agricoles réalisent des démarches se révélant bénéfiques sur bien des plans, telles que le réseau d’agriculture durable(1), ou des marques déposées par des viticulteurs (Terra Vitis (2)). Les AOC sont également porteuses dans le sens où avec des pratiques alliant un savoir-faire traditionnel (races d’animaux spécifiques, mode d’alimentation fourragère, etc.), on préserve un patrimoine de qualité en milieu rural.
Les débats du Grenelle de l’Environnement en 2007 ont mis en avant l’attente de la société vis à vis de l’agriculture comme du secteur agroalimentaire dans son ensemble. Par ailleurs, la mise en place de pratiques visant à prendre en compte le développement durable est l’un des objectifs de la stratégie française de normalisation(3). Les professionnels ont tout intérêt à anticiper ces demandes et à prouver sur la base d’éléments objectifs et normalisés qu’ils ont intégré les enjeux du développement durable. Dans le secteur agroalimentaire, les normes peuvent accompagner et accélérer l’évolution des pratiques et procédés en élargissant la vision du management. Ainsi, cette démarche permet d'atteindre le triple objectif d’une performance à la fois financière, sociale et environnementale.
Pour en savoir plus :
(1) http://www.agriculture-durable.org/
(2) http://www.terravitis.com/
(3) http://portailgroupe.afnor.fr/v3/pdf/strategie_normalisation_2010.pdf
Quand environnement rime avec économie
Œuvrer pour l’environnement n’est pas une contrainte, c’est un intérêt !
Avant de devenir Bonduelle, Caugant représentait une PME disposant d’assez peu de moyen marketing. Pourtant, comme l’explique Gérard Perroud, « Notre marketing, c’était d’être en avance par rapport aux autres ! En 1993 déjà , était réalisé le concept d’usine propre. L’entreprise a été la première dans l’agroalimentaire français à être certifiée 9001 tous secteurs confondus. Très tôt, nous avions aussi entrepris la démarche concernant l’aménagement du temps de travail… nous étions sur ce challenge permanent, nous imposant d’avoir une marge d’avance, tout en sachant que nous ne pouvons être seul, quand on est une PME, dans un territoire. Nous essayions en même temps d’entraîner les autres dans notre sillage. Il fallait prendre le train des évolutions. Nous avons fait de l’agriculture raisonnée avec des contrats mentionnant de moins en moins de pesticides, moins d’intrants… depuis 1990. Là aussi, c’était un de nos fers de lance pour nous différencier. Tous ces points particuliers sont restés. Nous avons toujours fait de l’environnement. Et cela reste plus que jamais d’actualité.»
Si l’on demande pourquoi, Gérard Perroud répond qu’en premier lieu, faire de l’environnement est économique : « Ce n’est pas une contrainte, c’est un intérêt, c’est pour cela que nous avons fait une usine propre en 1993, avons consommé moins d’eau, le choix d’une usine sans chaudière s’est imposé, pour l’utilisation du gaz… parallèlement nous avons une aspiration des déchets à la source, qui sont triés. De ces opérations n’en résulte que du bonus car nous dépensons moins, les gens s’y intéressent, nous échangeons des idées, c’est une démarche permanente vers une amélioration continue… je dis que nous sommes condamnés à être plus intelligents demain qu’aujourd’hui, et c’est une belle condamnation. C’est agréable de voir tout ce que nos salariés sont capables de donner, parce qu’avant tout, ça leur fait plaisir, et que c’est très rentable. »
Les investissements peuvent être axés sur l’amélioration d’équipement.
Marie Tacquard, Directrice de communication chez Gaillard Pâtissier, explique la mise en place d’une politique de diminution des emballages au sein de cette entreprise, qui est aussi l’une des exigences du consommateur : « cette démarche reste assez complexe car c’est un changement de méthode de travail… lorsque l’on touche à un des éléments de la ligne, il faut modifier tous les autres composant la chaîne. C’est un projet collectif qui a trouvé son aboutissement. » En effet, En supprimant les cartonettes et en réduisant les feuilles d’emballages, l’entreprise a pu alors diminuer plusieurs dizaines de tonnes d’emballages par an.L’impact est environnemental mais aussi économique, sachant qu’en moyenne un emballage représente 20 % du prix de revient. L’entreprise a adhéré au pacte mondial Global compact de l’ONU en 2003. Cet engagement se caractérise par différentes actions. Elle s’est engagée sur le tri sélectif, le tri des déchets industriels et la réduction de la consommation d’énergie.
ĂŠtre aux normes.
Chez Charcupac, comme l’explique Pascal Levy, dirigeant du site, l’objectif pour 2009 est d’obtenir les certifications IFS version 2 et ISO 14001, indispensables pour instaurer un climat de confiance entre le distributeur et l’industriel, et se positionner sur le marché européen. « Dans notre équipe, une personne du service qualité est dédiée à l’environnement sécurité et a initié déjà un gros travail sur le plan environnemental. Par exemple, le circuit de refroidissement des machines est passé en circuit fermé. C’est une démarche qui a permis de faire des économies importantes en eau. Nous avons développé également quantité d’emballages, notamment dans le frais emballé : aujourd’hui nous utilisons des films d’operculage très fins qui sont aussi résistants et qui amènent plus de transparence et de qualité. Au final c’est un ensemble de démarches qui ne peuvent être que bénéfiques… contrôles et maîtrise des coûts, qualité et respect de l’environnement ! »
Diminuer sa facture énergétique.
Il y a deux ans, l’entreprise Soreal a substitué des plastiques par des papiers, et cherché à réaliser des emballages les plus fins possible. « Par rapport à notre activité, il serait mal venu de dire que nous ne nous sentons pas concernés par l’environnement, souligne Gilles Bocabeille, PDG de l’entreprise. « J’ai l’exemple des polypro. Même si cette propriété ne sera pas mentionnée sur le produit fini pour le consommateur, notre client des PAI industriels appréciera cette démarche d’aller vers des matériaux recyclables. Nous sommes aussi passés d’un produit de coupelle à un sachet dosette. De 2,5 g de plastique, nous sommes passés à 0,5 g. Au niveau de la conception de l’usine elle-même, Les chauffe-eaux utilisés pour le nettoyage de l’usine ont été supprimés progressivement. Nous avons réussi à mettre en place tout un système afin de cuire nos sauces, les refroidir, en récupérant l’énergie qui réchauffe les eaux. Le soir l’usine est nettoyée en utilisant l’eau chaude, grâce à la thermique provenant de la sauce refroidie dans la journée. Au final nous avons divisé par quatre la facture énergétique ! »
Questions à Patrick DANVERT, Ingénieur industrie à l’ADEME.
(Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Énergie)
- Sur quel aspect les industriels agissent-ils le plus… y a-t-il une tendance forte dans le choix d’un projet environnemental chez les industriels des IAA ?
Certains postes comme la production de froid, d’air comprimé et de vapeur sont très énergivores.
La production de froid est un problème récurrent chez beaucoup d’industriels (abattage, produits surgelés, entrepôts,..) : la consommation électrique du froid pour ceux qui l’utilisent en général représente souvent plus de 40% de la facture électrique (sachant qu’en Bretagne la consommation électrique industrielle est consommée à 63% par des industriels IAA.) D’autre part une nouvelle réglementation entrera en vigueur, qui va être assez intransigeante puisqu’entre 2010 et 2014 les entreprises ont le devoir d’éliminer les productions de froid par le R22 fluide frigorigène, équipant de nombreuses installations frigorifiques. Le 1er janvier 2010, l’utilisation des fluides frigorigènes de type HCFC (dont le R22 encore très présent) sera interdite pour la maintenance et l’entretien des équipements. Pour les industriels, l’urgence réside donc dans l’inventaire des fluides frigorigènes des installations frigorifiques et l’anticipation de la date butoir de 2010. Même recyclés, ces produits seront définitivement bannis en 2015.
- Les industriels peuvent-ils intervenir au niveau du process lui-même et réduire leur impact environnemental tout en augmentant leur productivité ?
Aujourd’hui il existe une demande liée au fort impact du surenchérissement de l’énergie , d’un contexte économique contraignant les industriels à resserrer leurs coûts, l’écotaxe sur les transports et la mise en place des étiquetages carbone sur les produits de consommation alimentaire, d’autant plus que des outils financiers leurs sont proposés. Par exemple, les certificats d’économie d’énergie permettent aux industriels avec la mise en place de mesures d’économies d’énergie de négocier l’échange des certificats d’économie d’énergie auprès de leurs fournisseurs d’énergie que ce soit en électricité, en gaz, en fuel…etc. ou leur négoce sur le marché.
- En IAA, existe-t-il des solutions avec des énergies renouvelables telles que le photovoltaïque et le biogaz, ou des constructions en bâtiment HQE (hautement qualité environnementale) ?
Effectivement, maintenant il y a des demandes croissantes d’industriels. Pour certaines énergies (photovoltaïque), souvent le temps de retour est important et cette démarche dépend de l’approche volontaire des entreprises, mais je dirais que ce n’est pas tout à fait dans l’ordre du jour aujourd’hui. Cependant, pour d’autres comme le Biogaz, la méthanisation, la production thermique par le bois énergie. Des projets industriels se réalisent.
Ainsi la société Gad, entreprise d’abattage de porc et de bovins, ayant équipé l’entreprise d’un méthaniseur produisant plus de 40% de l’énergie thermique. (D’autres gros projets de méthanisation sont en cours).
Mais aussi, d’autres industriels se sont tournés vers des chaudières bois en raison des émissions de gaz à effet de serrecomme la TIMAC(1)filiale du groupe Roullier, à St Malo, qui depuis 2006, a délaissé en partie le gaz pour choisir la chaudière à biomasse.
Certaines zones industrielles sont tournées vers le HQE (Haute qualité environnementale), en adoptant ou non des procédures de management environnemental ISO 14001.
- Concrètement comment l’ADEME accompagne les IAA dans des choix technologiques économes et éco-responsables ?
Nous les accompagnons soit au travers des opérations à destination des groupes industriels, des PME et d’associations d’industriels comme l’ABEA (association bretonne des industries agroalimentaires). Ainsi, nous réalisons des opérations groupées avec pour thématique la maîtrise de l’énergie : plusieurs industriels seront associés dans une même démarche, sur des audits énergétiques avec un le référentiel de bonnes pratiques tel que le X30 120 mis à disposition par l’AFNOR. Nous avons des accompagnements individuels, toujours sur l’énergie, l’Iso 14001, et toutes les problématiques qui sont liées à l’émission des gaz à effet de serre (BILAN CARBONE) et les pollutions atmosphériques. (Comme cité plus haut la problématique du changement de gaz frigorigène car le R22 a un fort pouvoir d’émission de gaz à effets de serre, mais il y a encore d’autres gaz et aussi des activités comme le transport etc.…) Le Management environnemental est une démarche de progression, d’amélioration. Elle fait référence à une norme comme l’ISO 14001 ou l’EMAS (Eco-Management and Audit Scheme), ou autre… Pour les industriels, certifier, c’est progresser à travers des procédures vis-à -vis de leurs clients et de leurs équipes. L’ADEME les accompagne dans leur démarche d’éco-conception, facteur de compétitivité respectueux du développement durable.
- Avant de modifier des pratiques en entreprise dans un souci environnemental, est-il important de faire la démarche d’un audit énergétique ?
L’ADEME aide les entreprises PME pour l’accompagnement à l’ISO 14001. L’identification de l’intérêt est plutôt qualitatif que quantitatif en permettant aux entreprises de se positionner par rapport à leurs clients et aux donneurs d’ordre, tout comme par rapport à leurs concurrents européens. En France, vis-à -vis de l’Iso 14001, on constate que l’intérêt n’est pas suffisamment croissant. Pourquoi ? Des objectifs mal définis par l’entreprise, le coût important (Une année ou plus est nécessaire pour la mise en place de la norme ISO, avec la nécessité de dégager un poste de responsable environnement et ensuite il est important de la faire vivre car tous les trois ans, il y a nécessité de renouveler son agrément), la valeur stratégique de la certification…
En outre, Il est important pour les entreprises de hiérarchiser leurs besoins, sachant que d’une entreprise à l’autre le panorama sera différent… ce qui peut être minime dans certaines filières sera plus important pour d’autres.. Ainsi des outils , comme le bilan carbone, (permettent de hiérarchiser les gains en matière d’émissions de gaz à effet de serre (G.E.S) sur l’activité de l’entreprise (8 familles entre services, transport, emballages, énergie interne, déplacements, produits en fin de vie, immobilisations, matière première) mais aussi les audits énergétiques (il est nécessaire pour l’entreprise de faire le bilan de ses consommations , de pouvoir mettre en place un plan de comptage - car savoir compter permet de faire des économies en réalisant la maîtrise de ses utilités et de ses process -, sont complémentaires à toutes les autres problématiques économiques pour rendre les entreprises compétitives et vertueuses dans leur environnement.
- Comment améliorer le problème de la gestion des déchets en IAA ? C’est un problème très complexe ! Se poser les bonnes questions : quelle est ma production de déchets… Comment je les valorise ou m’en débarrasse ? Quelles sont mes obligations réglementaires vis-à -vis de la loi concernant les déchets ?...
Le problème de la gestion des déchets est souvent un problème d’exutoire, je pense en particulier aux graisses et certains déchets organiques en étant confronté à leur devenir (comment faire collecter, et/ou la mise en compost, méthaniser, etc.). L’amélioration de leur gestion passe souvent par la faisabilité technique et surtout économique de la valorisation des déchets et il est important de s’interroger sur la structuration de la filière.
- Pourriez-vous me parler de la valorisation des co-produits ?
Il y en a plusieurs. L’équarrissage par exemple si on parle du carné, la production d’énergie, la méthanisation… certains des coproduits deviennent des produits : par exemple les peaux de poisson qui peuvent participer à la confection de sacs. Mais il y a aussi certains déchets de filetage ou viscères qui peuvent donner naissance à des ingrédients à usage des industries cosmétiques(2) Des centres techniques tels que l’Id MER s’attachent à chercher des exutoires de valorisation à un certain nombre de produits.
(1) A Ouest France en juin 2007, Bertrand Totel, PDG de la Timac expliquait que cet équipement représentait un coût d’un million d’euros. En consommant 12 000 tonnes de bois, la chaudière fournit une puissance équivalente à 1500 chaudières individuelles. (D’autres sites du groupe sont ainsi équipés)
(2) A partir de déchets, l’Id Mer met au point des ingrédients pour les cosmétiques, la neutraceutique et la diététique, ce qui représente un potentiel énorme puisque la Bretagne produit à elle seule 70 000 tonnes de déchet de découpe (Source : Le Journal des entreprises d’avril 2008)